Haies
Haies, et, haïes
Haies, 2025, 200x99x70, Bois de thuyas brulé, lazure et peinture
La haie est une limite qui définit un espace privé, qui vient l’enclore visuellement en lui donnant une présence physique.
De fait, la haie protège autant qu’elle isole, mais c’est aussi un trait d’union entre deux mondes, la « haie » devenant le « et » et se tenant finalement un peu des deux côtés.
Mais la haie n’est jamais parfaitement au milieu, elle appartient toujours à l’un ou à l’autre, et représente donc un sacrifice à l’espace de celui qui la possède en l’amputant de plusieurs mètres précieux.
Dans la même logique, ceux qui ne souhaitent pas de haies doivent subir celles de leurs voisins, parfois trop hautes, parfois mal entretenues, cet espace commun devient alors source de conflit et les haies deviennent « haïes ».
Tel fut parfois le destin des haies de thuya qui poussèrent dans les zones pavillonnaires de mon enfance.
Le thuya comme mur végétal, au feuillage persistant, dense, à la croissance rapide.
Une promesse de matière vivante stabilisée, qui s’intègre parfaitement dans la monotonie des habitations.
J’ai le souvenir de mon père mettre en terre ces plants chétifs, dans notre pavillon fraichement construit. Des plants rapprochés (trop) les uns des autres, pour s’assurer que la vue serait parfaitement obstruée et l’intimité préservée.
Aujourd’hui, les maladies, insectes et champignons ravagent ces plantations qui se sont avérées finalement bien peu pérennes.
Quand j’ai emménagé dans notre maison du sud-touraine il y a plusieurs années, j’ai hérité sans le vouloir d’une haie d’une soixantaine de thuyas, dont une bonne partie était malade.
J’ai passé plusieurs mois à couper, débiter, broyer, la tête et les bras dans les feuilles écailleuses et odorantes des arbustes qui n’avaient pas encore commencé à jaunir.
J’ai eu parfois le sentiment d’être happé dans la haie, les joues écorchées, les mains prisonnières des branches, leur structure particulière rendant l’accès au tronc très difficile, il fallait littéralement se frayer un chemin en élaguant au fur à mesure.
Description
Des morceaux de bois, certain chevillés ensemble, évoquant des parties de corps humain sont posés au sol, cette silhouette semble captive d’un arbre, entravée dans des branches et faisant corps avec elles. Les morceaux de bois sont lazurés et portent des traces résiduelles de peinture vert sapin, évoquant les bancs, portiques et clôtures des vieux jardins de mon enfance.
Conclusion
Cette installation est un hommage à tous ces souvenirs, de parfum de résine, de bras qui grattent et de dimanches de printemps.
Mais c’est surtout une réflexion sur la haie, comme passage entre deux mondes, entre l’enfance et maintenant, entre l’intérieur et le dehors, et sur ce qu’on laisse de soi-même, accroché aux branches…
Addendum Au fil de ce travail d’ébranchage/élaguage, j’ai fabriqué une hutte avec les branches, j’y ai fait pousser un houblon et 3 plants de Kiwai.
J’ai aussi conservé les troncs les plus gros pour servir de sous-bassement pour la serre, pour faire des étagères dans ma cuisine.