Guillain Duvigneau

Journal visuel d’un artiste jardinier en milieu rural, ses joies et ses peines, et de comment il se propose, avec sensibilité mais sans angélisme aucun, de remettre le vivant dans le vivant.

Projets

Haies
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Glyphosates
Coeur Déméter
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Permaculture 


La permaculture se définit essentiellement par ses principes, éthiques et fonctionnels, énoncés par ses fondateurs, David Holmgren et Bill Mollison. 

C’est au contact de Xavier Mathias (voir biographie) que les principes de la permaculture sont utilisés dans mon potager, puis dans mon travail artistique. 
Mon propos n’est pas ici de reprendre point par point tous les principes de la permaculture appliqués à la création mais d’en dégager les grandes lignes.

Pour commencer, par exemple, « créer avec ce que trouve à proximité », tronc d’arbre, bois de chauffage, plante, argile sauvage, ou ce qu’on peut acquérir facilement, acier, corde…

« Ne pas produire de déchets » En effet, en permaculture, il n’y a pas de déchets, il n’y a que des ressources mal utilisées : branches de haies coupées pour des haies sèches, herbes de tonte pour la culture en lasagne… 

Sans tomber dans le piège de l’oeuvre parfaitement compostable à émisssion zéro carbone ou du recyclage pour le recyclage, la question se pose d’utiliser des matériaux polluants.

Par extension se pose aussi la question de la pérennité d’une oeuvre et de la dégradation de ses matériaux.

« Utiliser des solutions lentes et à petite échelle », attendre que le bois sèche, que la plante pousse…

« Utiliser le changement et y répondre de manière créative »,« Observer et interagir » etc…autant de réflexions qui loin de former un corpus dogmatique, sont avant tout un « guide-âne ».


Végétal


Le végétal est une de mes préoccupations, pas seulement en utilisant des matériaux inertes issus du vivant, comme le bois ou la paille, mais en tentant d’intégrer le végétal vivant dans mon travail, en racontant le lien sensible qui nous relie aux plantes… une histoire personnelle, une couleur particulière, une odeur (voir la Rue). 

Je suis convaincu que notre réconciliation écologique passe d’abord par l’émotion authentique d’une oeuvre qui nous rendrait, par exemple, l’ortie héroïque ou la pimprenelle attachante. 

Mais c’est aussi (et cela pose rapidement la question des limites de l’interventionisme humain dans la nature) considérer la création d’un végétal comme une oeuvre en soi. Inspiré par les free-breeders comme Tom Wagner, le créateur de la magnifique tomate green Zebra, dont la semence est reproductible et non-déposée, je travaille depuis quelques temps sur une variété personnelle de coloquinte.

L’intégration du végétal permet aussi de créer une nouvelle temporalité, en intégrant, quand c’est possible, la saisonnalité des oeuvres qu’on peut retrouver dans la gastronomie.


Nourriture


« Quand tous les arts sont perdus, l’art noble de la cuisine demeure »Daniel Spoerri

Travailler sur le végétal, c’est aussi le conserver, le transformer et le manger, ce qui en constitue l’expérience sensible la plus aboutie.

A mon arrivée à la campagne, j’ai été rapidement confronté à la possibilité de produire, d’une part, mon alimentation (en partie au moins), et d’autre part, d’être en mesure de transformer des produits bruts trouvés localement. 

J’ai donc beaucoup travaillé sur la lacto-fermentation et suis heureux de cuire, deux fois par semaine et depuis bientôt 15 ans, mon pain au levain.

Fermenter, c’est créer.

Ce sont des procédés lents, avec des résultats rarement identiques et qui peuvent varier selon les saisons, l’humidité ou la qualité des ingrédients. C’est cette transformation patiente, profonde, que j’aimerais donner à voir dans mes oeuvres.

Cette imprégnation culinaire du végétal au quotidien, par l’intermédiaire des tisanes, des aromatiques, des légumes, le fait de vivre dans le lieu ou une partie de sa nourriture pousse, est le point de départ d’expériences artistiques mettant en exergue les relations ambivalentes qu’on peut avoir avec les plantes


Ruralité


La ruralité infuse mon travail. C’est l’évidence, mais on ne créé pas de la même façon dans un atelier urbain qu’au milieu des champs, entouré de forêts. On a beaucoup parlé ces derniers temps des néo-ruraux, et du choc des cultures, de la richesse souvent, de la complexité parfois, des échanges. 

Cet aspect sociologique interroge aussi la place de l’artiste à la campagne, mais offre également une extension du domaine de la création… la possibilité de voir à l’oeuvre les interactions entre les acteurs d’un écosystème devient une source infinie d’inspirations. (voir la série les boites à oeufs)


Dramaturgie de la matière


Pour finir, mon travail repose sur une esthétique de l’entrave : cordes, corps pris dans les branches, rubalises, piège, pic, shurikens, menottes, boites…

Cette Immobilisation contrainte nous parle de temporalité contrariée, de la volonté de ralentir, de montrer le mouvement qui se fige, de l’hésitation avant d’avancer.

Il est également difficile de ne pas voir la dimension érotique de ce travail, qui participe, par le biais d’une mise en scène théâtrale, d’une dramaturgie de la matière… veines du bois, brûlures, rouille poudreuse de l’acier.



Moodboard


Ma serre au fond du jardin, culture en lasagne et irrigation par Oyas
Récolte potimarrons 2023, conservés au chaud dans la maison
Racine de raifort séché
Mes outils de jardins fétiches, hori-hori japonais et dabas du pays Dogon
Mon levain chef depuis 15 ans
Récolte de tilleul 2024






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