Chénopode Géant
Chenopodium giganteum
Chénopode géant, 2026, 42x52x42 cm (installation extensible), Chenopodium giganteum, terreau, os en plâtre.
Le chénopode géant fait partie des premières plantes que j’ai cultivé au potager. J’ai tout de suite été saisi par la beauté incroyable de son blush rose, légèrement poudré, et tellement théâtral.
Sous ce maquillage fushia, se cache en réalité un bijou de l’évolution…
95% des plantes ont une méthode de photosynthèse appelé C3, ce processus présente des déficiences importantes, telles qu'une perte d'énergie et d'eau, ce qui les rend plus vulnérables dans les climats chauds et secs.
Le chénopode ou l’amarante par exemple, ont une photosynthèse en C4.
Apparue il y a environ 30 millions d’années, elle est 50 % plus efficace, économisant l’énergie et réduisant la perte d’eau et permet à ces plantes d'assimiler la totalité du CO₂ de l'atmosphère interne du végétal et ainsi d'avoir un rendement photosynthétique très supérieur à celui des plantes en C3. Ce mécanisme fonctionne d'autant mieux que la lumière est plus vive et la température plus voisine de 40-50 °C.
Et c’est précisément cette caractéristique qui m’avait marqué il y a deux ans, en pleine canicule, alors que tout se desséchait tragiquement au potager et que l’herbe jaunissait sous le soleil accablant, j’ai vu les quelques chénopodes que j’avais laissé se ressemer croitre avec vigueur, les feuilles d’un vert profond, le blush d’un rose vif.
J’ai alors eu cette image un peu apocalyptique d’un tas d’ossements d’êtres humains morts de faim, enterrés sous cette plante parfaitement épanouie dans la fournaise du mois de juillet.
Une chance, le chénopode est parfaitement comestible, et contient des protéines complètes.
Et c’est ce qu’on appelle une « généreuse », qui se ressème facilement mais sans envahir toutefois les planches de culture.
Description
Des os de main, de calotte crânienne, et d’os indifférenciés en plâtre sont posés sur un monticule de terre, dans lequel sont plantés cinq chénopodes géants issus de semis spontanés de mon jardin.
L’installation est maintenue humide par vaporisation tous les 2 jours.
Conclusion
La question de l’alimentation dans un climat rendu chaotique par l’activité humaine est rarement mise en avant dans les médias.
Je vois depuis quelques années des jardiniers abandonner certains types de culture en raison de la variabilité extrême du temps, sécheresse, pic de chaleur, froid qui s’installe.
Les cultures potagères qu’on aime tellement et qu’on imagine aimer le chaud, tomates, aubergines, poivrons etc, ne supportent pas les chaleurs trop importantes et cessent les échanges gazeux qui permettent leur croissance en fermant leurs stomates au delà de 35°. Quand aux légumes qui ne supportent pas les coups de chaud, comme les choux par exemple, il est devenu nécessaire de les ombrer quasi en permanence.
Comme le mentionne si bien le climatologue Serge Zaka, un mauvais temps, c’est un temps qui dure, et qui n’est pas de saison.
Que mangeront nous quand tout aura séché sur place ?
Des chénopodes…